18 novembre 2008
Belgïe heet u welkom
Ce week-end je me suis encore laissée embelgifier, d'où l'oubli de teaser pour ma livraison de la semaine. Mais pour une fois, je n'ai pas passé la frontière que pour la bagatelle et les plaisirs du palais. Certes, j'ai eu ma dose de croquettes aux crevettes, de gauffres de Liège au chocolat et autres boulettes sauce tomate, mais pas que. J'ai aussi rencontré quelques collègues d'outre-Quiévrain comme on dit, dans le cadre d'une journée de formation organisée par l'APBD (Association professionnelle des bibliothécaires et documentalistes). Même si l'intervenant, Michel Collon, a quelque peu dévié du programme initialement prévu, son "Initiation au journalisme alternatif" n'a pas manqué d'intérêt. Nous en sommes ressortis, je pense, si ce n'est mieux armés, au moins plus vigilants. Car il n'a pas tant été question de journalisme alternatif que de décryptage des mécanismes de manipulation de l'opinion par les médias (superbes images d'époque de la première guerre du Golfe, qu'on n'oserait même plus nous resservir aujourd'hui !) et d'identification des acteurs économiques de la presse. Les bibliothèques n'ont pas été oubliées, et nous avons aussi longuement échangé sur le rôle qu'elles peuvent (doivent) jouer dans la société de l'information, en s'attardant notamment sur le pluralisme, la mise en valeur et l'animation de certaines parties du fonds et surtout l'éducation aux médias.
Autant le dire tout de suite, inviter Michel Collon n'est pas politiquement neutre, ce que j'ignorais totalement avant de participer à cette formation, toute franco-centrée que je suis malgré mes élans belgophiles. Cela dit, j'aime assez la démarche de l'APBD, qui au moins a le mérite d'annoncer la couleur, et de proposer aux participants une intervention bien éloignée du consensus mou de rigueur dans ce type de sauteries. Je ne sais pas si c'était juste pour cette formation, si l'APBD est coutumière du fait ou si la Belgique entière est franchement moins coincée que la France sur ce point, mais j'ai finalement grandement apprécié d'avoir en face de moi un intervenant engagé et des participants ayant dans l'ensemble une parole politique décomplexée, bien loin de la neutralité d'usage dans tous les stages auquels j'ai pu jusqu'alors participer (et vu que me me suis enfilé deux Formations initiales en 4 ans, c'est dire si je m'y connais en stages !). J'écris "finalement", car au début, toute conditionnée que je suis au devoir de neutralité et de réserve, j'ai été un peu surprise par la franchise et la radicalité du propos, tant côté intervenant que côté participants. Mais bon, soyons clair, on s'y fait très vite ! J'ai aussi découvert des collègues belges très conscients politiquement, ayant une façon d'envisager leur métier de façon militante au sens le plus noble du terme. Bilan de ma journée de lundi : hyper enrichissant à tous points de vue (sauf pour mon portefeuille car je suis repartie avec une fameuse bibliographie sous le bras), je continuerai de surveiller ce qui se passe chez nos voisins belges de l'APBD et de l'ABD ; ça me donnera sans doute d'autres occasions de me rendre à Bruxelles ;-)
Oostende, 16/11/2008
21 octobre 2008
Le journalisme et l'art de réinventer la poudre
Bon, je suis un peu verte car je viens de me rendre compte que je me suis fait souffler par le Bibliobsédé, entre mon tour de web du matin et ce soir, la primeur d'un commentaire absolument pertinent sur Journalistiques, blog super intéressant au demeurant. Je ne lui en veut pas, mais du coup, mon propos, ruminé depuis mon trajet domicile-travail du midi, va un peu sentir le gratin de nouilles réchauffé :(
Le pitch du billet, intitulé carrément "Comment la presse d'information peut créer de nouveaux emplois", c'était en gros de dire qu'il fallait inventer une "nouvelle fonction journalistique de
chercheur-vérificateur". S'ensuit une intéressante liste de sites de référence, qui permettront au "chercheur-vérificateur" de faire correctement son travail de recherche et de validation de l'information. Au fil de la lecture du billet, je me dis, tiens, c'est marrant, en fait, "chercheur-vérificateur", ça apporte peut-être plein de valeur ajoutée aux organes de presse, mais ça ressemble quand même vachement à mon boulot...
Arrivée à la fin de la liste, je suis rassurée, je ne dois pas être si nulle, je connais ces sites, mon honneur est sauf, alléluia. M'enfin il y a quand même un truc qui me gratte un peu. Voire qui pique... En quoi est-ce un nouveau métier (et c'est là que je deviens verte, quand je m'apprête à l'écrire en comm. en rentrant du boulot et que je découvre que le Bibliobsédé a agi à ma place) ? Je le répète, je n'ai rien contre Journalistiques, bien au contraire, je suis même assez fan et lectrice régulière. Je sais par ailleurs que le journalisme est en crise, je vous renvoie notamment à la lecture des passionnants billets de Narvic sur Novövision, il en parle beaucoup mieux que moi. Il est clair que c'est un métier qui tente de se réinventer pour faire face à l'explosion de l'offre d'information, aux modifications profondes que traverse le modèle économique de la presse et surtout aux nouvelles pratiques d'internautes devenus info-consommateurs (et par mimétisme avec la consommation tout court, "infobèses". On pourrait prolonger la comparaison à plein d'égards mais ce n'est pas mon propos ce soir). Donc, OK, on est d'accord, le journalisme doit se réinventer, ou au moins se reconstruire.
Il me semble qu'on apprend aux journalistes lorsqu'ils vont à l'école que le plagiat c'est le Mal incarné. Il me semble même que le huitième alinéa de la Charte des devoirs professionnels du journaliste précise que le journaliste "ne commet aucun plagiat". Le mot est peut-être un peu fort, mais quand je lis ce que devrait être cette "nouvelle fonction de chercheur-vérificateur", je suis désolée mais j'y vois mon métier et rien d'autre, en tout cas rien de bien neuf. Je sais que journalistes et documentalistes ne sont pas au sens strict du terme des "confrères", puisque nous n'exerçons pas le même métier. Nous travaillons certes avec la même matière première - l'information -, nous employons quelques techniques similaires (synthèse, vérification des sources notamment), mais la comparaison à mon sens s'arrête là. Je me permettrais néanmoins de citer le neuvième alinéa de ladite Charte en rappelant que le journaliste "ne sollicite pas la place d'un confrère" ; s'il pouvait ne pas solliciter celle du documentaliste de l'open-space d'à-côté, ça nous ferait bien plaisir aussi. D'ailleurs, je le lui déconseille, pour la bonne raison que je doute que l'aristocratie de l'info, aussi mal en point soit-elle, ait envie de se confondre à la plèbe documentaire, aux petites mains des services Doc des groupes de presse que certains journalistes (pas tous, que l'on soit bien d'accord, je ne généralise pas) n'hésitent pas à traiter avec suffisance et mépris. A moins que ce ne soit le signe d'un retour en grâce des documentalistes dans la presse, mais je crains de devoir rester pessimiste sur ce point.
Je comprends bien que c'est la crise pour tout le monde. Le marché du travail dans la doc est ce qu'il est, c'est-à-dire pas très reluisant, depuis plusieurs années. J'aimerais pouvoir croire que c'est le signe d'une revalorisation de notre métier. Malheureusement, j'y vois plutôt une méconnaissance, frisant l'ignorance, de nos métiers (entendre "ignorance" dans les deux sens du terme : "Etat de celui qui ne connaît pas l'existence de quelque chose" autant qu' "Action de ne pas reconnaître la nature, la valeur de quelque chose" - Déf. du dictionnaire du CNRTL). J'y vois plutôt une solution de repli corporatiste un peu désespérée, et le risque de voir anéantir tout ce que les professionnels de l'info-doc ont bâti depuis des années, tout ce travail de réinvention de nos métiers, d'adaptation aux (N)TIC et de repositionnement en tant qu'infomédiateur. Au final, on risque de faire entrer en concurrence deux métiers qui ne sont pas les mêmes (demandez-moi de faire une interview ou une enquête, j'en suis bien incapable !), même si Alain Joannes s'en défend dans sa réponse au Bibliobsédé. Puisse-t-il en tout cas avoir raison sur au moins une chose : qu'en effet la presse d'information crée de nouveaux emplois... de documentalistes/veilleurs/recherchistes/infomédiateurs (ne rayez aucune mention, elles sont toutes utiles) !
15 octobre 2008
When will I, will I be famous ?
Non, vous n'avez pas été rick'rolled ni même bros'rolled, ou alors vous étiez volontaires ;-)
Un petit billet en passant pour dire que j'apparais cette quinzaine dans la presse territoriale. Collègues territoriaux, vous avez le choix entre les deux titres du marché, devinez lequel, vous avez 5 secondes. Un indice se cache dans la mention de périodicité...
Pour les non-initiés, ça se passe là (ce lien est tout moisi, je le sais mais j'assume), et on remercie qui de droit pour la belle photo, qui orne aussi la 4ème de couv. (ill. en coul.) de mon bouquin (il va falloir que je me calme sur les liens autopromotionnels).
Au-delà de l'autosatisfaction un peu crasse que je tire à m'exhiber aux yeux de la territoriale tout entière, je vous recommande chaudement l'article, surtout si quand je vous dis quel est mon métier vous faites ressurgir des tréfonds de votre mémoire la vieille bique acariâtre tout en chignon et en gilet gris du CDI de votre adolescence. Oui, vous voyez très bien de qui je parle, la mégère qui ne s'exprime qu'à l'aide d'une impressionnante palette de "shut", allant du "shut" bref et agacé au "shuuuuuuuuuut" molasse qui fleure bon la lassitude de fin de journée, la vieille fille qui connaît la CDU par coeur et honore chaque matin l'autel qu'elle a consacré à Paul Otlet Philippe Meirieu dans un recoin de son T1bis auquel son chat n'a pas accès, de peur qu'il ne déflore d'un trait d'urine pourtant bien envoyé la saincte icône.
Je vous laisse avec l'une de mes innombrables idoles à peine honteuses, car j'ai cru comprendre que la vidéo pourrie avait au moins autant de succès que la photo qui n'a rien à voir chez d'autres...
13 juillet 2008
Un nouveau modèle économique pour la presse. Vraiment ?
En début de semaine, j'ai reçu au bureau un coup de fil de Mediapart. L'objet en était assez simple : le journal en ligne d'Edwy Plenel souhaite élargir son lectorat et semble en ce moment cibler les entreprises et les collectivités. Bonne nouvelle me direz-vous, un peu plus de pluralisme dans nos sources ne peut pas faire de mal ; j'ai donc écouté avec attention tout ce que m'énonçait la téléopératrice. Enfin, pas tout quand même, j'avoue avoir légèrement zappé le laïus de présentation du site que je connaissais déjà un peu. J'en avais d'ailleurs parlé un peu ici lors de son lancement, et là, un peu plus tard suite à un article paru dans Stratégies.
Arrive la question du tarif, que mon interlocutrice me présente comme vraiment intéressant : 90 € par an seulement pour chaque abonné individuel, soit une économie de 2 mois par rapport à un paiement mensuel. C'est en effet attractif, mais en bonne professionnelle de l'info respectueuse du droit, je l'interroge immédiatement sur la possibilité de souscrire un abonnement global pour toute ma collectivité, me permettant de diffuser l'information utile à l'ensemble de mes collègues de façon légale. Et là j'ai senti une sorte de vide au bout du fil. Quelques bafouillements plus tard, ma correspondante repart en boucle sur l'abonnement pas cher à 90 € par an, et sur le fait que je peux en prendre autant que je veux pour tous les agents susceptibles d'être intéressés par la lecture de Mediapart. Je respire un grand coup, et je tente d'expliquer avec des mots simples que quitte à prendre un abonnement à un journal en ligne, j'aimerais autant payer une sorte de "licence globale", me permettant de rediffuser légalement, sur un intranet par exemple, les contenus que mon service aura estimés digne d'intérêt pour l'information professionnelle quotidienne des autres agents de ma collectivité. Moi, que Pierre, Paul ou Jacques ait son accès perso à un site où il va penser à aller deux fois par an, quand bien même ça ne coûterait que 90 €, ça ne m'intéresse pas. Ce que j'attends d'un site d'information, c'est le même service qu'un abonnement électronique ou qu'une base de données de type Dalloz : je paye une licence annuelle pour n accès simultanés à un site qui reconnaît l'adresse IP de ma collectivité, et qui me permet pendant la durée de l'abonnement de signaler et diffuser ses contenus en toute légalité à mes collègues (il paraîtrait même que c'est mon travail).
Malgré tous mes efforts, je vois bien que toute tentative d'explicitation de ma demande sera vaine. En guise de réponse, je n'obtiendrait qu'un "je vous envoie des codes par mail pour que vous puissiez tester" et un renvoi vers le service compétent pour la question des abonnements un peu exotiques (mais sans coordonnées précises, il faudrait voir à ne pas trop en demander quand même)... Le site de Mediapart n'est guère plus bavard à ce propos, et utilise même de façon un peu abusive la notion "d'abonnement collectif", puisqu'il ne s'agit en fait que de souscrire plusieurs abonnements nominatifs (liés à une adresse e-mail), sans même bénéficier d'un tarif dégressif en fonction de la quantité. Il semble tout même possible pour les médiathèques et collectivités de souscrire un abonnement global, mais on nous renvoie pour cela à une simple adresse électronique, tout en nous indiquant qu'il s'agit pour l'instant d'un "programme test" mais sans plus de précision quant à ses modalités (peut-on reprendre les contenus sur un intranet ? peut-on les stocker ?).
Bref, il reste encore du chemin à parcourir à Edwy Plenel pour nous prouver que Mediapart est vraiment l'avenir de la presse et surtout son nouveau modèle économique. Du chemin a été fait, mais ne raisonner qu'en termes d'accès individuels n'est pas suffisant et revient à appliquer le mode de financement de la presse papier. Ne pas avoir envisagé dès le début les conditions d'un accès multi-utilisateurs, qu'il s'agisse des bibliothèques ou des entreprises/collectivités/administrations est un non-sens, surtout lorsque l'on se veut à l'avant-garde du journalisme sur le Web...
