Infodoc & lubies diverses...

Papillonnages et butinages ; et quelques photos aussi

21 octobre 2008

Le journalisme et l'art de réinventer la poudre

Bon, je suis un peu verte car je viens de me rendre compte que je me suis fait souffler par le Bibliobsédé, entre mon tour de web du matin et ce soir, la primeur d'un commentaire absolument pertinent sur Journalistiques, blog super intéressant au demeurant. Je ne lui en veut pas, mais du coup, mon propos, ruminé depuis mon trajet domicile-travail du midi, va un peu sentir le gratin de nouilles réchauffé :(
Le pitch du billet, intitulé carrément "Comment la presse d'information peut créer de nouveaux emplois",
c'était en gros de dire qu'il fallait inventer une "nouvelle fonction journalistique de chercheur-vérificateur". S'ensuit une intéressante liste de sites de référence, qui permettront au "chercheur-vérificateur" de faire correctement son travail de recherche et de validation de l'information. Au fil de la lecture du billet, je me dis, tiens, c'est marrant, en fait, "chercheur-vérificateur", ça apporte peut-être plein de valeur ajoutée aux organes de presse, mais ça ressemble quand même vachement à mon boulot...
Arrivée à la fin de la liste, je suis rassurée, je ne dois pas être si nulle, je connais ces sites, mon honneur est sauf, alléluia. M'enfin il y a quand même un truc qui me gratte un peu. Voire qui pique... En quoi est-ce un nouveau métier (et c'est là que je deviens verte, quand je m'apprête à l'écrire en comm. en rentrant du boulot et que je découvre que le Bibliobsédé a agi à ma place) ? Je le répète, je n'ai rien contre Journalistiques, bien au contraire, je suis même assez fan et lectrice régulière. Je sais par ailleurs que le journalisme est en crise, je vous renvoie notamment à la lecture des passionnants billets de Narvic sur Novövision, il en parle beaucoup mieux que moi. Il est clair que c'est un métier qui tente de se réinventer pour faire face à l'explosion de l'offre d'information, aux modifications profondes que traverse le modèle économique de la presse et surtout aux nouvelles pratiques d'internautes devenus info-consommateurs (et par mimétisme avec la consommation tout court, "infobèses". On pourrait prolonger la comparaison à plein d'égards mais ce n'est pas mon propos ce soir). Donc, OK, on est d'accord, le journalisme doit se réinventer, ou au moins se reconstruire.
Il me semble qu'on apprend aux journalistes lorsqu'ils vont à l'école que le plagiat c'est le Mal incarné. Il me semble même que le huitième alinéa de la Charte des devoirs professionnels du journaliste précise que le journaliste "ne commet aucun plagiat". Le mot est peut-être un peu fort, mais quand je lis ce que devrait être cette "nouvelle fonction de chercheur-vérificateur", je suis désolée mais j'y vois mon métier et rien d'autre, en tout cas rien de bien neuf. Je sais que journalistes et documentalistes ne sont pas au sens strict du terme des "confrères", puisque nous n'exerçons pas le même métier. Nous travaillons certes avec la même matière première - l'information -, nous employons quelques techniques similaires (synthèse, vérification des sources notamment), mais la comparaison à mon sens s'arrête là. Je me permettrais néanmoins de citer le neuvième alinéa de ladite Charte en rappelant que le journaliste "ne sollicite pas la place d'un confrère" ; s'il pouvait ne pas solliciter celle du documentaliste de l'open-space d'à-côté, ça nous ferait bien plaisir aussi. D'ailleurs, je le lui déconseille, pour la bonne raison que je doute que l'aristocratie de l'info, aussi mal en point soit-elle, ait envie de se confondre à la plèbe documentaire, aux petites mains des services Doc des groupes de presse que certains journalistes (pas tous, que l'on soit bien d'accord, je ne généralise pas) n'hésitent pas à traiter avec suffisance et mépris. A moins que ce ne soit le signe d'un retour en grâce des documentalistes dans la presse, mais je crains de devoir rester pessimiste sur ce point.

Je comprends bien que c'est la crise pour tout le monde. Le marché du travail dans la doc est ce qu'il est, c'est-à-dire pas très reluisant, depuis plusieurs années. J'aimerais pouvoir croire que c'est le signe d'une revalorisation de notre métier. Malheureusement, j'y vois plutôt une méconnaissance, frisant l'ignorance, de nos métiers (entendre "ignorance" dans les deux sens du terme : "Etat de celui qui ne connaît pas l'existence de quelque chose" autant qu' "Action de ne pas reconnaître la nature, la valeur de quelque chose" - Déf. du dictionnaire du CNRTL).  J'y vois plutôt une solution de repli corporatiste un peu désespérée, et le risque de voir anéantir tout ce que les professionnels de l'info-doc ont bâti depuis des années, tout ce travail de réinvention de nos métiers, d'adaptation aux (N)TIC et de repositionnement en tant qu'infomédiateur. Au final, on risque de faire entrer en concurrence deux métiers qui ne sont pas les mêmes (demandez-moi de faire une interview ou une enquête, j'en suis bien incapable !), même si Alain Joannes s'en défend dans sa réponse au Bibliobsédé. Puisse-t-il en tout cas avoir raison sur au moins une chose : qu'en effet la presse d'information crée de nouveaux emplois... de documentalistes/veilleurs/recherchistes/infomédiateurs (ne rayez aucune mention, elles sont toutes utiles) !

Posté par Aurelie B à 19:48 - ... ergo sum ? - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

hé hé

J'ai juste mis un commentaire lapidaire sur journalistiques, mais ça n'enlève rien à ton billet, d'ailleurs je me disais que j'allais écrire un billet avec un titre et un contenu comme le tien, on dit 1 partout balle au centre ? :-)

Posté par bibliobsession, 22 octobre 2008 à 09:31

je découvre ton blog via delicious. Et hop +1 à ce billet.

en fait, journalistes et blogueurs deviennent bibliothécaires ! et dire que certains croyaient enterrée la profession ^^

Posté par Nicolas, 22 octobre 2008 à 13:46

suite

je me suis permis de préciser un peu ma pensée sur le blog d'où est parti le débat : http://www.journalistiques.fr/post/2008/10/20/comment-la-presse-d-information-peut-creer-des-emplois?pub=0#pr

Posté par bibliobsession, 22 octobre 2008 à 14:43

en fait

En fait je ne suis pas du tout d'accord avec ce que tu dis sur le plagiat, c'est très excessif, voire déplacé. Il ne s'agit pas de brandir des textes mais de réfléchir aux croisements des métiers et des compétences....

Posté par bibliobsession, 22 octobre 2008 à 17:42

Réponse groupée

@Bibliobsession : ça fait même 2 pour toi après ton second commentaire bien argumenté, au contenu duquel je souscrit totalement ;-) La réponse d'A. Joannes me "surlecute" et me donne juste envie d'ajouter : cqfd...
Quant à l'utilisation du mot "plagiat", j'ai bien précisé en amont que le terme était fort, mais sans doute aurais-je dû prendre davantage de précautions oratoires avant de l'employer. Et je ne remets aucunement en cause la nécessaire complémentarité des fonctions entre le documentaliste et le journaliste, et même toute personne avec laquelle il travaille, qu'il soit commercial, ingénieur, DRH ou que sais-je encore. C'est le principe même de la coproduction du service.
La convergence des métiers ne me donne pas de boutons, bien au contraire, et je suis même plutôt ravie de voir que les trois grandes familles de l'infodoc se retrouvent enfin un peu après des années à se tourner le dos. Sur ce point, l'itw de Caroline Wiegandt dans le dernier Archimag montre que nous allons à mon avis dans le bon sens. Il n'empêche que si nous avons un socle commun qui tend à s'élargir, nous avons aussi nos fonctions et nos compétences propres, même si nos employeurs - surtout publics - ont tendance à l'ignorer. Corporatisme ? Arf, peut-être, pour quelques esprits chagrins. Ce que je constate du bas de mes dix petites années d'expérience, c'est que sauf à apprendre un autre métier, je ne suis pas en mesure de mettre au point les tableaux de gestion de ma collègue archiviste, pas plus que d'animer une politique de lecture publique à la place d'une copine bibliothécaire, pas plus, non plus, que d'écrire un papier pour le canard local pour soulager un ami journaliste. Ca n'empêche pas de travailler ensemble et de nourrir mutuellement nos réflexions sur ce qui fait (et défait) nos métiers.

@Nicolas : merci ! On n'a pas l'air comme ça, mais on fait des métiers d'avenir ;-) Notre "biblioblogosphère" est très vivante, avec un gros avantage aux profils "bibliothèque". Les doc et les archivistes sont un peu à la traîne sur ce coup-là ; nous mettrons ça sur le fait que nous sommes moins nombreux !

Posté par Aurélie, 22 octobre 2008 à 18:36

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