11 novembre 2009
Salut les p'tits clous
Pour honorer la décennie finissante, certains classent leurs disques (par label ou autrement). Ca m'a pris comme ça cette aprem, histoire de ne pas être en reste, j'ai fouiné dans mes bouquins. Il y a volontairement de tout (polar, essai, roman, manga, livre de photo...), la seule condition étant une parution en édition française à partir de 2000. Ce critère a généré quelques frustrations, forcément, certaines claques prises au cour des dix dernières années datant du siècle précédent. J'aurais pu transgresser cette règle fixée par moi seule, mais non.
L'année n'est certes pas achevée, mais voila quand même mon top 20. Impossible d'en faire un classement par ordre de préférence, car ce serait vraiment comparer des choux et des carottes. J'aurais pu me lancer dans un fastidieux classement par ISBN. Plus simple, par année de parution. C'est finalement la vedette auteur qui l'a emporté.
- BEINHART Larry, Le Bibliothécaire, 2005
- CHAVOUET Florent, Tokyo Sanpo, 2009
- Collectif, Tokyo électrique, 2000
- COUPLAND Douglas, Toutes les familles sont psychotiques, 2002
- DESPENTES Virginie, King Kong théorie, 2006
- DIOME Fatou, La préférence nationale, 2001
- FFORDE Jasper, L'affaire Jane Eyre (et ss.), 2004-...
- KIKAI Hiroh, Asakusa portraits, 2008
- KITANO Takeshi, Naissance d'un gourou, 2005
- MONTAIGNE Tania de, Le quart-d'heure islandais, 2002
- MURAKAMI Motoka, Jin (t. 1 et ss.), 2007-...
- MURAKAMI Ryû, Parasites, 2002
- MURAKAMI Ryû, Love & Pop, 2009
- PAASILINNA Arto, Le cantique de l'apocalypse joyeuse, 2008
- ROTH Philippe, Le complot contre l'Amérique, 2006
- SCHOTT Ben, Les miscellanées de Mr. Schott, 2006
- SUTCLIFFE William, Vacances indiennes, 2003
- URASAWA Naoki, Monster (t. 1 à 18), 2001-2005
- VILROUGE Marc, Reproduction non autorisée, 2004
- WINCKLER Martin, Le choeur des femmes, 2009.
Forcément, mes chouchous sont présents : Ryû Murakami et son univers si glauque, et Arto Paasilinna que je suis depuis une douzaine d'années, grâce aux conseils avisés d'une amie de 20 ans (enfin, un peu plus...). La rencontre eut lieu non pas autour du Lièvre de Vatanen (c'est d'un commun !) mais du Fils du Dieu de l'orage, qui égaya un été 97 que j'aurais davantage dû consacrer à l'écriture de mon unique oeuvre universitaire... Depuis, Paasilinna est un compagnon de route, un des rares auteurs pour lesquels l'attente d'une sortie en poche est intenable. C'est aussi "à cause" de lui que j'ai rêvé de Finlande pendant presque 10 ans et qu'une fois sur place, le nom des villes et la consonance des mots m'étaient si familiers. Sillonner sa Laponie natale, pouvoir mettre des images, des odeurs et des sons sur Rovaniemi, les lacs, la forêt et les cabanes en bois resteront des souvenirs inoubliables et un vrai tournant dans mon existence.
Inari, juin 2006
01 octobre 2008
Parle à mon web, le monde est malade
Comme j'étais un peu dans le gaz la semaine dernière pour cause de bureau pas chauffé rhinite automnale, j'ai éprouvé comme une sorte de flemme à mettre en mots l'irritation qu'a provoqué le traitement par les médias, en particulier audiovisuels, de la dernière tuerie lycéenne à la mode chez nos amis Finlandais.
J'aime assez regarder Canal le midi, ça me détend pendant ma pause déjeuner. C'est pas toujours niveau Polytechnique, mais pour faire la coupure, je me satisfais assez bien des débardeurs jacquard d'Ariel Wizman et des pitreries parfois surréalistes de Chris Esquerre. Mais mercredi dernier, j'ai été effarée par le volume de conneries débitées en rafale dans cette émission, tout comme chez la concurrence aussi bien télévisuelle que radiophonique. Sur Canal, l'info a fait l'objet d'un traitement à part dans l'émission, sur le thème "Les dangers d'Internet". Déjà, rien que le titre, ça me chatouille un peu... Pendant la petite dizaine de minutes qu'a duré la séquence, j'ai littéralement bouilli en entendant les pires absurdités à propos du Net : tous les clichés y sont passés, aucun ne manquait à l'appel ! Parce qu'à entendre les médias, si Matti Saari a méthodiquement dégommé ses congénères à coup de pruneaux de 22, c'est forcément la faute à Internet. Le grand méchant Web, l'ennemi tout trouvé quand on veut se mettre les mains devant les yeux en hurlant "c'est pas vrééééééé !", l'arme imparable du donneur de leçon imbécile qui n'a rien compris, ou qui, au contraire, a justement tout compris et nous sort la "menace" Internet comme un écran de fumée - dormez je le veux. A aucun moment je n'ai entendu de journaliste ou d'"expert" (règle importante à la télé : toujours avoir un expert sous le coude, un gars qui a deux-trois idées sur le sujet, c'est un gage de sérieux) envisager l'hypothèse qu'éventuellement le geste de ce jeune homme puisse avoir été inspiré par autre chose qu'Internet le Malin. S'il a fait ça, c'est parce qu'il l'a vu sur Internet. Si l'autre jour un gamin a mis le feu à trois bagnoles, c'est parce qu'il voulait faire comme dans GTA. Ces vérités établies, je comprends mieux maintenant pourquoi Bush veut envahir l'Iran : c'est sans doute parce qu'il a trop joué à Civilization...
Pour revenir à notre jeune Finlandais, il faudrait peut-être commencer à se poser les bonnes questions. Et ne pas perdre de vue qu'Internet n'est qu'un medium et rien d'autre, auquel on estime que seulement environ 15 % de la population mondiale a accès. C'est bien entendu le gigantesque réceptacle de tout ce qui fait notre monde (occidental), qui rend la diffusion d'information (et de désinformation) plus rapide que jamais, mais ce n'est qu'un des reflets de la société dans laquelle nous vivons. Que le web favorise la circulation des informations ne fait aucun doute ; qu'il soit la cause du pétage de plomb d'un adolescent, manifestement très organisé néanmoins, me laisse en revanche véritablement sceptique. Certes le Net lui a permis de voir et de lire des choses pas forcément intelligentes mais qu'il aurait aussi bien pu trouver à la kirjasto du coin, mais aussi de déposer quelques signaux alarmants qu'en d'autres temps il aurait couchés sur du papier ou taggés sur les murs. Mais on ne peut sérieusement pas rendre Internet coupable des troubles psychologiques qui l'ont poussé à commettre ces actes. L'influence d'Internet n'a jamais été évoquée pour expliquer la tuerie de Columbine, alors même que cet outil était en plein essor à l'époque et qu'il a été avéré que les deux ados l'utilisait fréquemment. Ils y avaient d'ailleurs laissé des traces de la planification de leur geste. Déjà à l'époque, il y a presque dix ans, le Web est bien plus un moyen d'expression d'un certain mal-être qu'une source d'inspiration.
Ce même mercredi, j'ai entendu une bêtise tout aussi énorme aux infos, notamment sur Canal : deux jeunes filles se sont suicidées suite à un mystérieux "pacte" conclu sur Internet. Je ne remets absolument pas en doute le fait qu'elles se soient rencontrées sur le Net, mais imputer au Net leur passage à l'acte est un peu capillotracté. Toute deux n'en étaient pas à leur première tentative de suicide, et on peut donc aisément imaginer qu'avec ou sans Internet, il existait malheureusement quelques risques qu'elles récidivent un jour ou l'autre... et parviennent à leurs fins, sans jeu de mots macabre. Encore une fois, le coupable tout désigné est Internet.
Plutôt que de s'acharner comme toujours de façon simpliste sur la partie visible des problèmes, il serait temps qu'on s'interroge sur ce qui motive ces actes désespérés. Actes désespérés qui à mon humble avis ont toujours existé mais dont on ne parle qu'en fonction des modes médiatiques du moment. Vous avez aimé les chiens dangereux, les ascenseurs vétustes, les enfants de Don Quichotte et leur cortège de lois prises sous le coup de l'émotion mais toujours inapplicables ? Alors vous adorerez ce qui se profile avec Internet ! Quand les médias de masse vont-ils faire tomber leurs œillères de pacotille et arrêter de nous prendre pour des imbéciles et/ou d'essayer de nous faire peur en brandissant des menaces qui n'en sont pas ? Comme disait ma grand-mère, quand on veut tuer son chien, on l'accuse d'avoir la rage...
Et pour rester en Finlande, petit tour au bord d'un lac lapon sous le soleil de minuit...
Sirkka (commune de Kittilä), Finlande, juin 2006
08 septembre 2008
Post partum
Après quelques (!) week-ends studieux et la montée d'adrénaline qui va bien à l'approche de la dead-line, le "bébé" sera en vente prochainement pour la modique somme de 59 euros aux éditions Territorial.
Le projet a débuté il y a bientôt un an, lorsque l'éditeur m'a contactée pour rédiger un ouvrage dans la collection "Dossier d'experts" sur le thème de la recherche d'information sur Internet. Tant sur le plan perso que professionnel, il n'y avait pas pire moment pour ce type de proposition ; mais, allez savoir pourquoi, j'ai quand même relevé le défi... et commencé à bâtir mon plan dans une chambre d'hôpital.
Ca ne s'invente pas, entre le premier contact et la remise du manuscrit, neuf mois se sont écoulés. Neuf mois de réflexion, de questionnement, d'angoisses et de remises en question : est-ce que je vais savoir faire ? est-ce que je vais aller au bout ? est-ce qu'il sera zéro-défaut ? est-ce qu'on va l'apprécier ? Ces questions, je me les pose encore maintenant, à part la deuxième, puisque si j'écris tout ça, c'est bien parce que j'ai terminé. Encore que, on n'a jamais fini...
J'ai procédé la semaine dernière à la relecture de l'épreuve que m'a envoyée l'éditeur. Comme le soir (la nuit...) où j'ai enfin tapé le point final et où, accessoirement, je me suis battue avec la mise en forme du texte, je n'étais pas satisfaite. J'aurais pu ajouter encore tellement de choses, en préciser d'autres, écrire différemment... Ce même dernier soir d'écriture, je me suis revue tout juste dix ans plus tôt, sur la table de la salle à manger de mes parents, mettant la dernière touche à mon mémoire de maîtrise pendant que ma mère suivait consciencieusement le bon déroulement de l'impression des premières parties et que mon ami Yves m'attendait patiemment pour enfin pouvoir prendre la route vers nos appart d'étudiants respectifs... J'ai ressenti, fin mai dernier, cette même excitation mêlée de soulagement, d'incertitude et de déchirement. Car il n'est jamais facile de couper le cordon, d'accepter qu'enfin ce projet qu'on a porté parte vivre sa propre vie, avec tous ses défauts. D'accepter d'en faire le deuil. D'accepter, aussi, de le soumettre au regard et donc au jugement potentiellement dur d'autrui. D'accepter les critiques, constructives autant qu'injustes, sans les prendre pour soi mais comme autant de conseils pour avancer et faire mieux.
Comme ce mémoire soutenu un jour de match d'ouverture de Coupe du monde, ce bouquin n'a rien d'intime. Pourtant, j'ai le sentiment que c'est une part de moi qui s'expose. C'est un petit bout de ma vie qui ne m'appartient déjà plus complètement. Et cette fois, c'est encore plus oppressant que lorsque j'ai rendu ce foutu mémoire que pas grand monde (pour ne pas dire personne) n'a lu. Cette fois, des gens vont payer pour me lire. J'ai intérêt d'être à la hauteur. Cette fois, ce n'est plus seulement une question d'amour propre et encore moins de mention. Cette fois, c'est la vraie vie, pas le cocon universitaire, dont on sait que sauf à vouloir y faire carrière il n'a guère d'importance.
N'ayant jamais su me vendre (et je pense que c'est trop tard pour apprendre !), je préfère ne pas me lancer dans l'autopromo et le mailing sauvage. De toute façon, si on me demande de parler de ce bouquin, je n'en vois que les défauts, les oublis, les "j'ai-pas-eu-le-temps" et tout ce qui à peine écrit avait déjà évolué. Ca ne m'empêche pas d'espérer qu'il aura la même carrière que l'équipe de France d'il y a dix ans... mais qu'elle ne s'achèvera pas sur un coup de boule.
Environs de Muonio, Laponie finlandaise, juin 2006.


